La désertification médicale figure parmi les paradoxes les plus marquants de ces dernières années en France. C’est une situation qui se caractérise par le manque de médecins généralistes ou spécialisés dans certaines zones d’un Etat. Alors que le nombre de médecins ne cesse d’exploser en France depuis quelques années, la désertification médicale continue de sévir dans certaines régions. C’est une situation épique, engendrée par certains facteurs, et qui persiste avec son lot de conséquences sur les régions concernées.

Qu’est-ce que la désertification médicale ?

La désertification médicale est une situation de manque de médecins dans certaines régions. C’est un phénomène qui s’observe à deux niveaux que sont le niveau géographique et le niveau sectoriel. Géographiquement, la désertification médicale s’explique par le manque global de médecins dans certains départements comparativement à d’autres qui sont saturés. C’est donc une situation générale d’absence de médecins généralistes ou non dans une certaine région. Au niveau sectoriel, la désertification médicale se traduit par l’absence de médecins spécialistes. En effet, force est de constater que dans certaines villes ou régions de la France, on note une présence de médecins généralistes mais pas ceux en charge de certains maux spécifiques. Que ce soit sur le plan géographique ou sectoriel, la désertification médicale est un phénomène qui perdure, comme en témoigne le dernier rapport de l’Atlas [1].

Quelques chiffres clés sur la désertification

Le Conseil National de l’Ordre des médecins a dévoilé en 2015 son dernier rapport en date sur la démographie médicale. Le moins que l’on puisse dire est que la France est en proie à une désertification poignante de médecins.

La situation globale en France

En 2014, 281087 médecins se sont fait enregistrer au tableau de l’Ordre. Parmi eux, 60% sont des femmes. Si l’exercice libéral et mixte séduit juste 15% des médecins lors de leur première inscription, ce pourcentage atteint 40% cinq ans plus tard. Le constat est que la plupart des jeunes préfère exercer dans les maisons pluri-dimensionnelles plutôt qu’en zone rurale. Le taux de médecin à diplômes étrangers est en pleine hausse depuis 2007. Au moment du dernier rapport de l’Atlas, on enregistrait une hausse de 42,7% avec 62% d’entre eux qui préfèrent l’exercice salarié contre 13%  pour un exercice mixte.

Sur le plan régional

La désertification médicale sévit dans plusieurs régions en France. Alors qu’on notait une densité de 100,1 médecins généralistes par 100.000 habitants, ces chiffres chutent et deviennent 88,7 médecins pour le même nombre d’habitants. En tête des huit régions ayant enregistré une baisse de l’effectif des médecins en activité régulière, on retrouve l’Ile de France [2] qui souffre plus de la désertification médicale. Dans cette région, on est passé de 88,7 médecins par 100.000 habitants à 73. La région de Bourgogne s’inscrit dans la même logique avec désormais 78.6 médecins alors qu’elle recensait 93,8 médecins par 100.000 habitants. Troisième région sur la liste à forte baisse de médecins, c’est celle de PACA qui passe de 126,6 médecins par 100.000 habitants à 106,9.

Désertification médicale | Pharmassimo

Parmi les régions qui se réjouissent de l’augmentation de la densité médicale, on retrouve celle du Pays-de-la-Loire qui enregistre une hausse de 6%. Les régions qui stagnent sont celles de a Haute Normandie, la Lorraine, Poitou Charente et Auvergne.

Densité régionale des médecins généralistes lib/mixtes – Comparaison 2007-2016

RégionDensité 2007Densité 2016
Variation
Alsace 100.895.5-5.3%
Aquitaine 112.7101.1-10.3%
Auvergne 100.288-12.2%
Basse-Normandie 88.579.9-9.7%
Bourgogne 93.878.6-16.2%
Bretagne 95.887.9-8.2%
Centre 86.873.4-15.4%
Champagne-Ardenne 95.981.6-14.9%
Corse 99.594.2-5.3%
Franche-Comté 97.892-5.9%
Haute-Normandie 91.880.8-12.0%
Ile-de-France 88.773-17.7%
Languedoc-Roussillon 118.6107.7-9.2%
Limousin 117.5102.4-12.9%
Lorraine 96.885-12.2%
Midi-Pyrénées 109.796.6-11.9%
Nord-Pas-de-Calais 104.390.2-13.5%
Pays-de-la-loire 89.783.7-6.7%
Picardie 88.875.8-14.6%
Poitou-Charentes 103.889.2-14.1%
PACA 126.6106.9-15.6%
Rhône-Alpes95.288.9-6.6%

Sur le plan départemental

En haut du classement, on retrouve le département de Paris et l’Yonne qui comptabilise une baisse de 25% de leur densité médicale. Ceux de la Savoie et du Doubs sont recensés comme étant les plus stables. Ce qui capte l’attention, c’est bien sûr la situation de l’Ile-de-France qui semble plus subir de la désertification médicale.

Densité médecins par département français | Pharmassimo

L’ile de France n’est pas épargnée

La région figure en tête du classement des régions ayant subi une régression de la densité médicale. Entre 2007 et 2015, elle a perdu 1835 de ses médecins, soit  6% de ses praticiens.  C’est dire que la désertification médicale n’est pas qu’un mal touchant les zones rurales. Parmi les raisons qui sous-tendent la situation de cette région de la France, figure le prix de l’immobilier qui est en hausse. Cette hausse empiète surtout sur  le confort de vie des jeunes diplômés qui préfèrent déserter et explorer d’autres horizons. La recherche de bonnes conditions d’exercice, la baisse du prix de l’immobilier, de meilleures conditions de vie sont autant de raisons qui expliquent le désert médical de l’île de France.

Si le phénomène de la désertification médicale persiste autant, c’est sans doute en raison des causes qui jusque là n’ont pas encore été élucidées.

Les raisons de la désertification médicale

La désertification médicale est due à plusieurs phénomènes que même l’explosion du nombre de médecins ces dernières années n’ont pas été en mesure de résoudre. Malgré le desserrement du numerus clausus qui limitait le nombre de places dans les Facultés de médecine, cette situation semble persister au grand dam des régions concernées. Les raisons qui justifient la désertification se trouvent à deux niveaux [3] :

  • La préférence régionale des praticiens : cette raison est la plus évidente et surtout celle qui accentue la baisse de la densité médicale de certaines régions. Diplômés, la plupart des médecins préfèrent exercer dans des régions qui leur présentent le plus d’opportunités. Malgré les charmes touristiques et les salaires élevés de certaines contrées, les praticiens préfèrent opérer soit dans les maisons pluridimensionnelles, soient dans des régions qui cadrent le plus avec leurs aspirations. C’est cette préférence qui entraîne un décalage de la densité médicale dans les départements.
  • Le refus d’exercice de certains diplômés : le journalisme ou encore l’administration sont des secteurs auxiliaires au métier de médecins. La plupart des jeunes préfèrent exercer dans ces secteurs au lieu de pratiquer, histoire de renforcer la densité de certaines régions.

Dans l’un comme dans l’autre cas, la situation des médecins ne favorisent pas la stabilisation, voire l’augmentation de la densité médicale dans des départements; ce qui entraîne son lot de conséquences.

Les conséquences de la désertification médicale

Les effets de la désertification sont cruels en fonction des régions. En effet, dans certains Etats, malgré le fait que certains médecins désertent, il en reste parfois suffisamment pour maintenir une bonne densité. Mais dans d’autres régions, la situation est plus épique. Comme effets néfastes on note l’insuffisance de soins médicaux appropriés, en raison du manque de médecins généraliste ou spécialistes. Certains centres de santé sont obligés de fermer à cause du manque de renouvellement de ceux qui souhaitent exercer leur droit à la retraite. Il n’y a donc pas de repreneur pour continuer à prodiguer les soins, ce qui est préjudiciable pour les populations. Dans certains cas, soit c’est le radiologue qui manque, soit c’est le gynécologue. Les salles d’attente sont bondées au quotidien sans un médecin traitant pour les satisfaire le plus tôt possible.

Eu égard cette situation, on se demande les raisons pour lesquelles la France est en proie à ce désert médical.

Pourquoi le système français souffre?

Si la France souffre autant de la désertification, c’est en raison de ses dispositions en matière de santé. Le pays  s’accroche désespérément à un système révolu. Parmi les axes fondamentaux de ce système, on note :

  • Le numerus clausus qui limite le nombre d’étudiants dans les Facultés et donc des diplômés
  • La liberté d’installation des pratiquants dans les régions de leur choix qui affaiblit la densité médicale des régions jugés non attractifs par ceux-ci

Si en plus de la limite du nombre de médecins due au Numerus clausus, il est accordé que ceux-ci s’installent où ils souhaitent, la désertification médicale n’est qu’une conséquence directe de ces dispositions. Cependant des solutions peuvent être trouvées pour remédier à cette situation.

Les solutions à la désertification médicale

Pour remédier à ce fléau qui sévit en France depuis plusieurs décennies, il urge que des mesures soient prises. Il est indispensable que les mesures vieillottes précédemment prises soient mises à jour ou supprimées tout simplement. Parmi les propositions de solutions [4] à la désertification, on note :

La suppression du numerus clausus

Etabli en 1971 comme étant une mesure de contrôle de l’offre de soins et donc de valoriser le corps médical, le Numerus Clausus est devenu au fil des années un véritable frein à la bonne densité médicale des régions reculées. Et pour cause, sa raison principale d’être qui est la revalorisation du métier de médecins (salariale y compris), est déjà dépassée du fait qu’il ne permet pas de contrôler les diplômes étrangers, ni d’en vérifier la qualité. En outre, la revalorisation salariale des médecins pourrait être effective par une mesure directement prise dans ce sens plutôt que l’on se cache derrière le numerus clausus. En bonus, la densité médicale se trouvera améliorée.

La régionalisation de la formation des médecins

L’Etat pourrait proposer des concours d’internat, dans le but de familiariser les étudiants à certaines régions. Au bout de leur stage, ceux-ci se laisseront charmer et préféreront peut-être exercer dans ces zones.

L’implication des collectivités

Déjà dans une situation d’inconfort due à leur installation dans certaines régions, il urge que les médecins bénéficient de tout le soutien nécessaire de la part des collectivités. Celles-ci doivent innover, rendre les régions plus attrayantes et proposer aux médecins des conditions de vie qui s’amélioreront au quotidien.

La facilitation de l’installation des jeunes médecins

Il s’agira ici de proposer des bourses ou autres bonus aux jeunes médecins désireux d’exercer dans les zones de déserts médicaux. Aussi, l’Etat pourrait subventionner tout ce qui contribuera à leur confort.

A plusieurs niveaux, la désertification médicale fait des victimes. Il importe que des mesures urgentes soient prises pour y remédier.

Sources

 

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